Le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI) sont parvenus à un accord le 1er septembre 2026, suscitant de vives réactions. À première vue, cet accord semble constituer une avancée importante : un financement de 2,2 milliards de dollars sur 36 mois (2026-2029), un programme de consolidation budgétaire et une reprise progressive après la crise de confiance provoquée par la révélation de la dette dissimulée.
En réalité, cet accord demeure fragile, puisqu’il s’agit encore d’un accord au niveau des services du FMI et non d’un décaissement définitif. Son approbation par la direction générale et le Conseil d’administration du FMI reste conditionnée à la mise en œuvre de mesures correctives et à l’obtention d’engagements de financement de la part des partenaires. Alors que les négociations se poursuivent pour trouver une solution durable, les citoyens ordinaires continuent de subir les effets de l’inflation, de la hausse des coûts de l’énergie, de l’augmentation des factures d’eau et d’électricité, de la flambée des prix alimentaires et des inondations dévastatrices.

Les efforts du gouvernement pour restaurer la confiance de ses partenaires financiers
À la suite de la découverte, à la fin de l’année 2023, de plus de 11 milliards de dollars de dette non déclarée, révélée par le rapport statistique sur l’encours total de la dette, le FMI a suspendu son précédent programme de financement de 1,8 milliard de dollars accordé au Sénégal, accentuant ainsi les contraintes pesant sur les finances publiques.
L’administration du président Bassirou Diomaye Faye s’efforce de rétablir la confiance des investisseurs en prenant des mesures correctives décisives. Celles-ci portent notamment sur l’amélioration de la gestion de la dette, le rétablissement de sa soutenabilité et le renforcement de la transparence budgétaire. Elles impliquent également la divulgation complète de l’encours total de la dette de l’administration centrale, ainsi que des données détaillées sur l’endettement des entités publiques.
Le poids de la dette publique et les défis liés à la soutenabilité budgétaire
Le Sénégal fait face à un déficit budgétaire important, alimenté principalement par la baisse des recettes, le niveau élevé de l’endettement passé et des besoins considérables de refinancement.
À la fin de l’année 2024, l’encours de la dette de l’administration centrale s’élevait à 23 667 milliards de FCFA, soit 119 % du produit intérieur brut (PIB). En tenant compte des engagements du secteur parapublic, estimés à 1 917 milliards de FCFA, la dette publique totale atteignait 25 583 milliards de FCFA, soit 128,6 % du PIB.
Ces chiffres placent le Sénégal bien au-dessus de la moyenne régionale de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), estimée à 64,7 % du PIB en 2025, selon le rapport du FMI consacré à la situation économique de l’Union.
Cette situation accentue la pression sur les finances publiques. Dans ce contexte, la question de la dette occupe une place centrale dans le nouvel accord. Celui-ci ne peut en effet être dissocié du Plan de traitement de la dette du Sénégal, qui vise à rétablir un profil d’endettement soutenable et à améliorer la viabilité de la dette.
Le recours annoncé à une version renforcée du Cadre commun du G20 devrait notamment faciliter les négociations avec les créanciers. Cette approche vise ainsi à alléger les contraintes financières tout en préservant la confiance des marchés. Le défi consiste désormais à transformer cet allègement des contraintes financières en marges de manœuvre budgétaires durables, sans compromettre la stabilité du financement de l’économie.

Restaurer les marges de manœuvre budgétaires : une condition préalable à une reprise durable
Au-delà du traitement de la dette, le succès de l’accord dépendra de la capacité du gouvernement à reconstituer des marges de manœuvre budgétaires suffisantes pour financer durablement ses priorités.
Le gouvernement présente le Plan de traitement de la dette comme un moyen de dégager progressivement des ressources destinées à l’investissement et au règlement des arriérés de paiement. À ce titre, une enveloppe budgétaire de 300 milliards de FCFA a été annoncée pour apurer les dettes dues aux entreprises.
Par ailleurs, le gouvernement indique que 35 milliards de FCFA sont prévus dans le budget 2026 pour les transferts monétaires aux ménages vulnérables, conformément à l’objectif affiché de préserver les dispositifs de protection sociale.
Toutefois, ces marges budgétaires ne produiront des effets durables que si le gouvernement parvient simultanément à réduire les dépenses inefficaces, à accroître ses recettes sans étouffer l’activité économique et à prévenir une nouvelle accumulation excessive de dette.
Ce que le programme exige du Sénégal
L’accord exige des autorités sénégalaises qu’elles prennent des mesures correctives décisives afin d’appuyer leur demande de dérogation concernant les déclarations erronées relatives à la dette. Cette demande reste soumise à l’approbation de la direction générale et du Conseil d’administration du FMI.
Les autorités sénégalaises devront s’engager à mettre en œuvre des réformes permettant d’éviter qu’une situation similaire ne se reproduise. Elles devront notamment renforcer la gestion de la dette et la transparence budgétaire.
Les autorités devraient également travailler à l’élaboration d’un budget révisé visant à rationaliser les dépenses publiques, sans compromettre, à court terme, l’accès des populations aux services publics.

Les recommandations de BudgIT Sénégal
« Le Sénégal a réalisé des progrès encourageants dans le renforcement de son économie et dans l’amélioration des perspectives en matière d’investissement, d’emploi et de croissance », a déclaré Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, dans un communiqué.
Tout en saluant les progrès accomplis par les autorités sénégalaises et le Fonds monétaire international dans la recherche d’une solution durable à cette situation, BudgIT Sénégal estime que le gouvernement doit faire de la réduction du poids croissant de la dette une priorité, à travers des mesures politiques volontaristes visant à renforcer la soutenabilité budgétaire, les investissements publics, la création d’emplois et la croissance économique.
- Protéger les dépenses sociales et les populations vulnérables. Dans le cadre de la consolidation budgétaire, le gouvernement doit préserver les financements destinés à la santé, à l’éducation et à la protection sociale. Cette approche permettrait d’éviter que les mesures d’ajustement ne fassent peser une charge disproportionnée sur les ménages les plus pauvres.
- Orienter les économies réalisées vers des investissements productifs. Les ressources dégagées grâce au Plan de traitement de la dette devraient être affectées en priorité à des projets créateurs d’emplois et de valeur ajoutée, tout en limitant les dépenses improductives et les charges récurrentes injustifiées.
- Engager des réformes fiscales équitables. BudgIT Sénégal recommande au gouvernement d’élargir l’assiette fiscale plutôt que d’augmenter les taux d’imposition. Nous estimons fermement que les personnes à faibles revenus ne doivent pas supporter l’essentiel de l’effort. Une telle approche, fondée notamment sur la lutte contre l’évasion fiscale et l’amélioration du recouvrement des recettes, permettrait d’accroître les recettes publiques sans alourdir la charge fiscale des contribuables actuels.
- Renforcer le contrôle parlementaire et citoyen. BudgIT Sénégal recommande enfin la mise en place d’un suivi régulier et indépendant de l’exécution des engagements du programme, sous le contrôle du Parlement et du public, ainsi que la publication de rapports d’avancement accessibles à tous.
Conclusion
Le Sénégal peut encore regagner la confiance des investisseurs, malgré les évolutions préoccupantes liées à l’augmentation du service de sa dette. Pour y parvenir, le gouvernement devra notamment adopter, cette année, un budget prévoyant une réduction significative des dépenses publiques et du déficit budgétaire. Les marchés pourraient alors être rassurés par cette mesure concrète en faveur de la consolidation budgétaire.
