Rapport budgétaire du deuxième trimestre 2026 du Sénégal : les recettes augmentent, mais où sont les investissements ?

À la fin du mois de juin 2026, l’État du Sénégal avait mobilisé 2 617,3 milliards de FCFA de recettes et exécuté 2 874,7 milliards de FCFA de dépenses. Le déficit budgétaire s’établissait ainsi à 257,4 milliards de FCFA pour le premier semestre de l’année.

À première vue, ces chiffres semblent encourageants : les recettes fiscales progressent et le déficit reste largement inférieur à l’objectif annuel. Cependant, pour les citoyens, la véritable question n’est pas seulement de savoir combien d’argent l’État collecte, mais si ces ressources se traduisent par des améliorations concrètes des conditions de vie, notamment des salles de classe, des centres de santé, des points d’accès à l’eau et des emplois.

Les données du premier semestre présentent un bilan contrasté : les dépenses courantes absorbent l’essentiel des ressources, tandis que les investissements dans les projets publics accusent un retard important dans leur exécution.

Recettes : une mobilisation soutenue, mais quelques réserves

À mi-parcours, les recettes ont atteint 44,1 % de l’objectif annuel. Elles proviennent presque entièrement des ressources intérieures, qui s’élèvent à 2 582,9 milliards de FCFA, soit 45,0 % des prévisions annuelles.

Les recettes fiscales ont atteint 2 458,7 milliards de FCFA, soit 97,9 % de l’objectif fixé pour le premier semestre. Elles enregistrent une hausse de 17,6 % par rapport à la même période en 2025, principalement portée par les impôts directs. Cette évolution suggère que les récentes réformes fiscales commencent à produire des résultats.

Les recettes non fiscales ont dépassé leur objectif semestriel d’environ 14 milliards de FCFA, atteignant 112,9 % des prévisions pour la période. Cette performance provient en grande partie des revenus issus du patrimoine de l’État et des activités liées aux hydrocarbures. Toutefois, ces ressources peuvent varier en fonction des prix du pétrole ou d’opérations ponctuelles. Elles constituent donc une base moins prévisible pour la planification budgétaire.

Par ailleurs, le Plan de redressement économique et social (PRES) n’a permis de mobiliser que 63,6 % du montant attendu, soit un manque à gagner de 80,4 milliards de FCFA. Les dons, tous destinés au financement des dépenses en capital, n’ont atteint que 18,0 % des prévisions annuelles.

Dans l’ensemble, la mobilisation des recettes est satisfaisante, mais elle demeure partiellement dépendante de revenus ponctuels, de facteurs externes et de mesures fiscales qui ne sont pas encore pleinement opérationnelles.

Dépenses : le poids des charges courantes freine les investissements

Au cours du premier semestre, l’État a exécuté 2 874,7 milliards de FCFA de dépenses, soit 40,1 % du budget annuel. Environ les trois quarts de ce montant, soit 2 196,4 milliards de FCFA, ont été consacrés aux dépenses courantes. Celles-ci ont déjà consommé 50,2 % de leur enveloppe annuelle.

Trois postes dominent ces dépenses : les salaires (759,6 milliards de FCFA), les transferts courants (658,5 milliards de FCFA) et les intérêts de la dette publique (621,2 milliards de FCFA). Ensemble, ils représentent 79 % des recettes intérieures mobilisées par l’État. À eux seuls, les intérêts de la dette absorbent près d’un franc sur quatre des recettes intérieures.

La situation est différente pour les investissements. Les dépenses en capital n’ont atteint que 678,3 milliards de FCFA, soit 24,2 % de l’objectif annuel. Autrement dit, pour chaque franc consacré aux routes, aux écoles, aux structures sanitaires et aux autres projets publics, l’État dépense plus de trois francs pour couvrir ses charges courantes.

Sur les dépenses en capital exécutées, 397,2 milliards de FCFA proviennent des ressources intérieures et 281,1 milliards de FCFA de financements extérieurs.

L’accélération habituelle des projets au cours du second semestre explique en partie ce retard. Cependant, la lenteur de l’exécution peut également révéler des difficultés à absorber les crédits disponibles. Elle accroît le risque d’une forte concentration des dépenses en fin d’année, période durant laquelle le suivi des projets devient plus difficile et les risques de gaspillage peuvent augmenter.

Un déficit contenu dans un environnement budgétaire toujours exposé à plusieurs risques

À la fin du premier semestre, le déficit budgétaire s’établissait à 257,4 milliards de FCFA, soit 1,1 % du PIB, contre un objectif annuel de 5,37 %. À première vue, cette situation semble indiquer que les finances publiques sont maîtrisées.

Toutefois, ce déficit relativement faible s’explique en grande partie par le retard dans l’exécution des investissements. Si les dépenses en capital s’accélèrent au second semestre, comme le prévoit le gouvernement, le déficit pourrait rapidement se creuser. La véritable épreuve de la discipline budgétaire se jouera donc à la fin de l’année, et non à mi-parcours.

D’autres facteurs de pression se profilent. Le secteur de l’énergie a bénéficié de 165,5 milliards de FCFA de transferts, soit environ un quart de l’ensemble des transferts courants. Les tensions géopolitiques et la hausse des prix de l’énergie pourraient encore alourdir cette charge.

La dette constitue une autre source de préoccupation. L’audit de la Cour des comptes portant sur l’exercice 2025 a révélé que la dette et les déficits avaient été sous-évalués au cours des années précédentes. L’exhaustivité des données actuelles devient ainsi une question essentielle de transparence publique.

Le respect de la trajectoire budgétaire dépendra notamment de trois facteurs : la mise en œuvre effective des mesures du PRES, la réévaluation régulière des subventions énergétiques et le renforcement du contrôle des dépenses publiques.

Ce que le Parlement, le gouvernement et les citoyens doivent surveiller

Le budget 2027 sera bientôt examiné par le Parlement. Les prochaines semaines constituent donc une occasion importante pour donner suite aux constats issus de l’exécution budgétaire du premier semestre.

  • La Commission des finances de l’Assemblée nationale devrait exiger un rapport détaillé sur les transferts au secteur de l’énergie avant d’approuver de nouvelles allocations de subventions. Ce rapport devrait préciser les montants versés à la SENELEC et aux importateurs de carburants, les critères d’attribution et les résultats obtenus.
  • Le ministère des Finances devrait publier les résultats détaillés de chaque mesure du PRES, en expliquant le manque à gagner de 80,4 milliards de FCFA et en identifiant les mesures dont les performances sont inférieures aux attentes.
  • Le ministère des Finances devrait également rendre publiques des informations détaillées sur les recettes issues des hydrocarbures : les montants perçus, les opérations concernées et l’affectation des ressources.
  • Les citoyens et les organisations de la société civile devraient suivre les projets d’investissement identifiés dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de l’eau et de l’assainissement, à travers les rapports d’exécution des troisième et quatrième trimestres. La question est simple : le rattrapage annoncé des investissements se concrétisera-t-il réellement ?

Les récentes réformes du Sénégal contribuent à améliorer la mobilisation des recettes, et ces progrès méritent d’être reconnus. Mais collecter des ressources n’est que la moitié du travail. La réussite doit également se mesurer à la transparence de leur gestion, à l’efficacité de leur utilisation et à leur impact concret sur la vie quotidienne des populations.

Alors que le gouvernement poursuit l’exécution du budget 2026, le renforcement du contrôle citoyen et parlementaire est tout aussi essentiel que l’amélioration des recettes publiques.

Source : Ministère de l’Économie, des Finances et du Plan — Rapport d’exécution budgétaire du deuxième trimestre 2026.

Previous Post
Sénégal – FMI : un nouveau programme de financement, mais à quel prix ?

Pin It on Pinterest

Share This