Le Pari Pétrolier du Sénégal : Renégocier les Contrats Qui Ont Lésé Une Nation

Lorsque le Sénégal a découvert du pétrole et du gaz entre 2014 et 2016, de nombreux citoyens espéraient une nouvelle ère de prospérité économique. Or, le pays est aujourd’hui confronté à une question difficile : pourquoi les retombées de ces ressources restent-elles si limitées ?

Le Premier ministre Ousmane Sonko a ouvertement critiqué les accords pétroliers et gaziers signés sous le gouvernement précédent, arguant que le Sénégal tire de ses ressources naturelles des revenus bien inférieurs aux attentes. Il a affirmé que l’administration précédente avait bradé les hydrocarbures sénégalais, piégeant le pays dans des contrats aux retombées bien en deçà des promesses suscitées par la découverte de pétrole et de gaz entre 2014 et 2016. Le gouvernement sortant a laissé derrière lui une dette de 7 000 milliards de francs CFA (12,5 milliards de dollars). Dans ce contexte, les recettes pétrolières, qui s’élèvent à seulement 76 milliards de francs CFA (136 millions de dollars), sont largement en deçà de la prospérité promise lors de la découverte de ces ressources.

Pourquoi le gouvernement souhaite une renégociation ? 

Un comité a été mis en place au sein du cabinet du Premier ministre afin de réexaminer les contrats pétroliers, gaziers et miniers. Le 12 mars, Sonko a clairement exposé le problème : les lacunes des accords existants ont engendré des « pertes financières considérables » pour l’État.

Toutefois, cette mesure n’est pas sans risque. En 2024, l’ancien président Macky Sall avait averti que la renégociation des contrats signés « constituerait un tournant désastreux pour le Sénégal ». L’expert en droit fiscal Oumar Bâ a partagé cette inquiétude, soulignant que l’arbitrage international pourrait s’avérer extrêmement coûteux si les compagnies pétrolières s’y opposaient. La confiance des marchés financiers est également menacée.

Le gouvernement semble en être conscient. « Nous nous donnerons les moyens de réagir. Nous avons les ressources nécessaires et nous travaillons méthodiquement », a déclaré Sonko, utilisant un langage rassurant, sans précipitation.

La première mesure concrète a été prise le 14 avril, lorsque Sonko a réuni d’anciens directeurs des Industries Chimiques du Sénégal (ICS), une entreprise qui coûte chaque année 1,075 milliard de francs CFA (1,9 million de dollars) à l’État, afin de tirer parti de leur expertise pour rétablir la viabilité de l’entreprise.

Qu’est-ce que cela signifie pour les citoyens ?

Suite au retrait de la société américaine Kosmos Energy du projet gazier de Yaakar Teranga, Senelec, la compagnie nationale d’électricité, est désormais entièrement publique et en mesure de jouer un rôle central dans l’exploitation du gaz offshore dans la région de Thiès. La question cruciale de savoir si cela se traduira par des avantages concrets pour les Sénégalais reste sans réponse. Les organisations de la société civile, notamment BudgIT Sénégal. Ils exigent des réponses. Ils réclament une gestion transparente, inclusive et responsable des revenus tirés des hydrocarbures, conformément aux principes 4 et 5 de l’OCDE, afin de garantir aux communautés de réels bénéfices socio-économiques et environnementaux.

La renégociation de ces contrats est politiquement logique pour un gouvernement qui a fait campagne sur la base de la souveraineté. La question de savoir si elle garantit une justice économique aux citoyens sénégalais est plus complexe et plus importante.

 

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