Le Budget du Sénégal affiche au Premier Trimestre 2026 des recettes plus importantes malgré des inquiétudes persistantes.

Le Sénégal a entamé l’exercice budgétaire 2026 avec des recettes fiscales plus importantes, enregistrant 1 149,7 milliards de francs CFA au premier trimestre, soit 19,4 % de l’objectif annuel de recettes publiques et une hausse de 11,9 % par rapport à la même période en 2025. Si ce chiffre constitue un début encourageant, le dernier rapport sur l’exécution budgétaire révèle que les perspectives fiscales du pays demeurent mitigées. Derrière ces chiffres positifs se cachent des faiblesses persistantes en matière de recouvrement des impôts, d’administration douanière et de mise en œuvre des principales réformes des recettes publiques.

Les recettes fiscales sociales affichent un net progrès

Les recettes fiscales ont atteint 1 095,7 milliards de francs CFA à la fin du mois de mars, soit 20,3 % de l’objectif annuel et une augmentation de 14,1 % par rapport au premier trimestre 2025. Cette amélioration est en grande partie due aux recettes de l’impôt sur les sociétés, notamment celles des entreprises opérant dans le secteur pétrolier sénégalais.

Les recettes de l’impôt sur les sociétés ont dépassé les prévisions trimestrielles, principalement grâce aux acomptes versés par les exploitants du secteur extractif. Si cette hausse a contribué à consolider les recettes globales, elle met également en lumière un point important : l’amélioration de la situation budgétaire du gouvernement repose encore largement sur un seul secteur.

Un système fiscal plus résilient devrait s’appuyer sur une activité économique diversifiée, touchant les entreprises, les travailleurs et les secteurs d’activité, plutôt que sur les recettes pétrolières. La diversification des sources de revenus contribuera à protéger les finances publiques des fluctuations futures des prix des matières premières et des chocs économiques.

La réforme douanière et fiscale reste confrontée à d’importants défis.

Malgré des recettes positives, plusieurs signaux d’alerte importants demeurent. Les recettes douanières ont été inférieures aux prévisions, principalement en raison du recul des importations et des retards dans la mise en œuvre des mesures prévues par le Plan de relance économique et sociale (PRES). Les réformes envisagées concernant les importations de véhicules et l’immatriculation des téléphones portables ont généré des recettes nettement inférieures aux prévisions, du fait de difficultés de mise en œuvre.

Globalement, les mesures fiscales du PRES n’ont généré que 57,2 % de leur objectif de recettes trimestrielles, creusant un écart important entre les recettes prévues et les recettes effectives. Ce déficit soulève d’importantes questions quant au rythme de mise en œuvre de ces politiques. De nouvelles mesures fiscales ne peuvent consolider les finances publiques que si les systèmes administratifs nécessaires à leur application sont pleinement opérationnels

L’évolution de l’économie mondiale engendre de nouveaux risques

 

L’évolution de la situation au-delà de ses frontières influence également les perspectives budgétaires du Sénégal. L’incertitude économique mondiale, la montée des tensions géopolitiques et la volatilité des marchés de l’énergie continuent de peser sur les perspectives de croissance de nombreuses économies en développement. Si le secteur des hydrocarbures demeure une source importante de revenus pour le Sénégal, une trop grande dépendance aux industries extractives expose les finances publiques à des chocs externes que le gouvernement ne peut maîtriser pleinement.

Les discussions récentes entre les autorités sénégalaises et le Fonds monétaire international ont porté sur le renforcement de la résilience économique, l’amélioration de la gouvernance, la protection des populations vulnérables et la garantie de finances publiques durables. Ces priorités revêtiront une importance croissante si la conjoncture économique mondiale se détériore davantage.

Ce que les citoyens et le Parlement devraient surveiller

Les résultats du premier trimestre sont encourageants, mais la poursuite des progrès dépendra de l’évolution de la situation au cours du reste de l’exercice financier.

Les citoyens, les organisations de la société civile et le Parlement devraient suivre de près :

  • La capacité du gouvernement à maintenir une croissance des recettes sans augmenter la pression fiscale sur les citoyens ordinaires.
  • La mise en œuvre effective des réformes fiscales retardées dans le cadre du PRES.
  • L’augmentation des recettes permettra-t-elle d’améliorer la fourniture d’infrastructures et de services publics essentiels ?
  •  Les documents budgétaires clés sont ils soumis et débattus en temps voulu afin de renforcer la transparence et le contrôle législatif.
  • Les dépenses publiques restent alignées sur les priorités nationales en matière de développement.

Le rapport d’exécution budgétaire du premier trimestre affiche un optimisme prudent. L’amélioration du recouvrement des recettes témoigne des premiers résultats des récentes réformes fiscales. Toutefois, la dépendance persistante aux taxes pétrolières, la faiblesse des performances douanières et les lacunes dans la mise en œuvre montrent qu’il reste encore beaucoup à faire.

Pour les citoyens, la réussite ne doit pas se mesurer uniquement au montant des recettes publiques. Elle doit se mesurer à l’aune de la transparence de la gestion des ressources publiques, de leur utilisation efficace et de leur capacité à se traduire par des améliorations concrètes dans la vie quotidienne des citoyens. Alors que le Sénégal poursuit la mise en œuvre de son budget 2026, le maintien d’un contrôle public rigoureux sera tout aussi important que la maîtrise des recettes publiques.

 

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